Ecoutez RadioLibe

En bref

  • HISTOIRES ORDINAIRES - Animé par une équipe de huit journalistes et non-journalistes bénévoles, réunis autour de Michel Rouger, ancien grand reporter à Ouest-France, le site de reportages, www.histoiresordinaires.fr est à consommer sans modération. Basé à Rennes, il n’a d’autre but que de “parler du monde d’aujourd’hui à partir d' histoires humaines, individuelles ou collectives, significatives”. Un site dédié à “tous les anonymes, tous les invisibles, qui étonnent par leurs passions et leurs convictions”.

A ne pas rater

  • EXPO - Retrouvez les peintures abstraites et colorées de Jacques Ayel (voir Liberennes du 14/01) à la Direction départementale du Crédit Mutuel de Bretagne, boulevard de la Tour d'Auvergne à Rennes. L'expo est visible jusqu'au 29 avril, du lundi au vendredi (8h30-18h) avec, chaque jour à 12h30 et 17h, la projection d'Essentiel, court métrage de 25 mn expliquant le processus de création de cet artiste souffrant de sclérose en plaques qui se sert des mains des autres pour créer.
  • SORTEZ COUVERT - Des étudiants de l‘institut de Gestion de Rennes réunis au sein de l’association IGR entr'aides organisent le 22 avril 2011 à la salle de la Cité à Rennes un concert dont les bénéfices seront entièrement reversés à l'association AIDES pour la lutte contre le SIDA. Avec au programme (à forte tendance électro-pop) des groupes tels Something à la Mode, Make the Girl Dance, Mustard Pimp ou encore Broes Before Hoes.

28/05/2010

Face au Rennes de la terreur

D.MARCHAL_1474 CULTURE - La biennale d’art contemporain, installée en divers lieu de Rennes jusqu’au 18 juillet, sonde la paralysie de l’homme confronté à son futur. Lire la critique de Marie Lechner...

«Vous venez de recevoir les coordonnées du camion piégé situé à Rennes, vous avez la possibilité d’activer la mise à feu du dispositif au…», dit ce SMS qui vous rend brusquement complice d’un réseau secret terroriste.

Le camion poubelle est garé au centre d’art la Criée, l’un des lieux participant à la biennale de Rennes. Ou plutôt son ossature en bois, en taille réelle. A l’intérieur, des bonbonnes munies de puissants haut-parleurs. En appelant le numéro, une déflagration sature l’espace.

«Ce n’est pas le bruit d’une bombe, c’est beaucoup plus fort en vrai», objecte une dame qui se souvient de l’époque où, ado, elle se jetait sous les voitures à Alger. Etrange collision entre la réalité et cette œuvre qu’on est tenté d’activer à répétition comme un acte sans conséquence.

Inspiré par Petite Histoire de la voiture piégée de Mike Davis et des recherches menées par l’armée américaine sur l’usage du son comme arme non léthale, le Garbage Truck Bomb du plasticien sonore Damien Marchal produit une détonation non réaliste obtenue en transcrivant une image d’explosion en son. Ce Bombardier du pauvre, inventé en 1920 par un anarchiste italien qui gara sa charrette bourrée d’explosifs près de Wall Street, est devenu l’arme idéale du terrorisme moderne.

Menace terroriste, cataclysme écologique, tourmente financière, le futur vu du XXIe siècle semble peu engageant. Intitulée sobrement «Ce qui vient», cette deuxième édition des Ateliers de Rennes, biennale d’art contemporain centrée autour des relations entre art et économie, veut «penser l’avenir». Une mission ambitieuse confiée par la commissaire Raphaële Jeune à une cinquantaine d’artistes déployés dans huit lieux et dans l’espace public.

La manifestation accorde une belle place à la jeune création, ainsi qu’aux productions. Mais dilue son propos en faisant se côtoyer des œuvres d’intérêt très inégal. «Ce qui vient» interroge notre capacité à construire l’avenir face aux scénarios catastrophe qui nous paralysent. Quel rôle l’art peut-il jouer pour s’opposer «au passé recolorisé, au futur immunisé, comme au présent désaffecté», selon le philosophe Frédéric Neyrat ?

Futur vacillant et incertain, perte de repères comme dans l’espace déroutant imaginé par Berdaguer & Péjus au couvent des Jacobins, où pivote une forêt de glaces sans tain, servant d’écrin sensoriel à Double Insu. Cette «drogue» a été développée avec un laboratoire de tests pharmaceutiques : deux molécules qui modifient notre perception du temps, l’une en le ralentissant, l’autre en l’accélérant. Enfermés dans des fioles entrelacées, les deux principes actifs sont censés s’annihiler et donner la perception parfaite du temps réel, sorte de présent infini.

La biennale sonde cette tentation contemporaine de vouloir tout modéliser, planifier, au risque d’éliminer la possibilité même d’un futur. «Le futur doit être dangereux», l’aphorisme inscrit en lettres d’or de l’artiste belge Dora Garcia pourrait servir de maxime à notre époque pétrifiée. Plutôt que de se projeter dans l’avenir, on cherche à l’éviter, constate Julien Prévieux qui s’est appliqué à recenser les risques dits «émergents».

Avec l’aide d’un assureur, il épuise tous les scénarios possibles, y compris les plus délirants, dans un diagramme vertigineux et une pièce sonore, somme de toutes les peurs : de l’infection bactérienne au bug informatique, des nanotechnologies aux guerres intergalactiques, une litanie qui finit par provoquer le rire dans sa tentative illusoire de circonscrire tous les dangers.

Y compris les risques dont la cause dépasse la maîtrise humaine, comme ceux liés au climat. Dans TheTemperature of Speculation, le duo suédois Goldin+Senneby s’appuie sur les modèles de calculs de produits dérivés climatiques pour fixer un prix à la température, fluctuant en fonction des données météorologiques et de l’indice fixé par la bourse de Chicago qui s’en est fait une spécialité. Le 28 avril, sur le panneau d’affichage installé au-dessus des guichets du Crédit mutuel de Rennes, le prix de la température était de 270 euros.

La seule chose contre laquelle on ne peut s’immuniser étant la mort, Société Réaliste imagine une sorte de cimetière prospectif, un mémorial de 4 000 noms de Rennais perforés sur le sol en décomposition du couvent désaffecté, avant sa transformation en centre de Congrès.

Marie LECHNER (envoyée spéciale à Rennes, article paru dans Libération du 26/O5)

(Photo: Yann Peucat/Atelier Puzzle, Damien Marchal, "Garage Truck Bomb")

Commentaires

Epoustouflant comme l'art contemporain à Rennes, et plus généralement en Bretagne est pauvre... Bel artisanat, savoir technique indéniable, mais... art ? Aucunement.

On se souvient d'une installation, lors des Tombées de la Nuit, aux Orangeries du Thabor, il y a une dizaine d'années, dont la façade était recouverte de toiles en velours bordeaux ; il s'agissait d'une artiste bretonne absolument brillante... Guégan, si je m'en souviens bien. Sans doute serait-il utile de viser la Beauté plutôt qu'un jeunisme incertain et muet.

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas sur ce blog tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

Partenariat

Liens

Alertes Messenger

SUR LIBERATION.FR