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  • HISTOIRES ORDINAIRES - Animé par une équipe de huit journalistes et non-journalistes bénévoles, réunis autour de Michel Rouger, ancien grand reporter à Ouest-France, le site de reportages, www.histoiresordinaires.fr est à consommer sans modération. Basé à Rennes, il n’a d’autre but que de “parler du monde d’aujourd’hui à partir d' histoires humaines, individuelles ou collectives, significatives”. Un site dédié à “tous les anonymes, tous les invisibles, qui étonnent par leurs passions et leurs convictions”.

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  • EXPO - Retrouvez les peintures abstraites et colorées de Jacques Ayel (voir Liberennes du 14/01) à la Direction départementale du Crédit Mutuel de Bretagne, boulevard de la Tour d'Auvergne à Rennes. L'expo est visible jusqu'au 29 avril, du lundi au vendredi (8h30-18h) avec, chaque jour à 12h30 et 17h, la projection d'Essentiel, court métrage de 25 mn expliquant le processus de création de cet artiste souffrant de sclérose en plaques qui se sert des mains des autres pour créer.
  • SORTEZ COUVERT - Des étudiants de l‘institut de Gestion de Rennes réunis au sein de l’association IGR entr'aides organisent le 22 avril 2011 à la salle de la Cité à Rennes un concert dont les bénéfices seront entièrement reversés à l'association AIDES pour la lutte contre le SIDA. Avec au programme (à forte tendance électro-pop) des groupes tels Something à la Mode, Make the Girl Dance, Mustard Pimp ou encore Broes Before Hoes.

10/03/2010

La métamorphose tranquille de l’électeur breton

REGIONALES - Autrefois, l’électeur breton moyen était réputé paysan, démocrate-chrétien de centre-droit, régionaliste et refermé sur lui-même. Maintenant, il est plutôt urbain (ou rurbain), de centre-gauche, toujours régionaliste mais ouvert aux autres. Lire la suite...

En 1913, le politologue et géographe André Siegfried n’était pas tendre au sujet des Bretons dans son “Tableau politique de la France de l’Ouest”:  “Voilà ces êtres si terre à terre qui se laissent entraîner, d’enthousiasme, par les sentiments les plus impulsifs et les plus désintéressés. Il n’est point de foules en France, pas même la foule parisienne, dont les mouvements de fond soient provoqués davantage par la toute puissance instinctive de la passion pure”. Bref, des rustres mal dégrossis...

En 1965, lors du scrutin présidentiel qui plébiscite Charles de Gaulle dans toute la région, le folklore breton se porte encore très bien. A l’image de ces électrices qui se rendent aux urnes - en passant par l'église - en tenue traditionnelle et coiffées à la bigoudène. Mais ces représentations - et bien d’autres - ont vécu. La preuve par trois avec Romain Pasquier, chargé d’études au CNRS et rattaché au laboratoire du CRAPE de Sciences Po Rennes (1).

1. La Bretagne rurale ?

L’industrialisation tardive de la Bretagne – qui survient seulement après la Seconde guerre mondiale – a surement contribué à entretenir le stéréotype du paysan rugueux et farouche. Mais la donne a changé. En 2009, la production agricole, même si elle continue de représenter des miliers d’emplois, n’a représenté que 3% de la valeur ajoutée dans cette région alors qu’en Champagne-Ardennes, ce ratio atteignait plus de 10%. Le profil des agriculteurs a également largement évolué. La petite parcelle familiale a disparu ou presque et le paysan d’aujourd’hui est devenu un véritable businessman.

Si j’avais à donner un exemple de ruralité aujourd’hui en France, je ne citerais certainement pas la Bretagne! souligne Romain Pasquier. En 2010, les agriculteurs bretons sont de vrais entrepreneurs. C’est un secteur qui s’est développé autour de très grandes exploitations”.

Les ruraux de 2010 n’ont également plus grand chose à voir avec ceux de 1950. L’augmentation des prix de l’immobilier dans les grandes villes et la quête d’un environnement plus sain ont poussé toujours plus de citadins vers les campagnes périphériques.

la “rurbanisation” a largement fait évoluer les campagnes, constate Romain Pasquier. Le déplacement de ces populations des centre-villes vers les campagnes implique une hétérogénéisation des profils ruraux. Or, c’est traditionnellement dans le milieu paysan et le secteur de l’agroalimentaire que la droite recueillait ses suffrages…”.

2. La Bretagne, région où l’on vote comme le curé ?

Très catholique, empreinte d’un rapport modeste à l’argent qui colle mal avec le “bling bling” Sarkozien, la Bretagne est réputée très modérée politiquement. Pendant longtemps, elle a penché pour le centre-droit. Valable jusque dans les années 70, avec des valeurs toujours portées par le quotidien Ouest-France, l’étiquette démocrate-chrétienne qui a longtemps collé à l’électeur breton est cependant aujourd’hui quelque peu dépassée... A moins qu'elle n'est seulement pris une teinte un peu plus rose à mesure que les effectifs du clergé fondaient comme neige au soleil...

La Bretagne est restée majoritairement à droite jusqu’à la fin des années 70, précise Romain Pasquier. Avec des bastions très identifiés, comme le pays du Léon, dans le Nord Finistère ou encore le Morbihan qui constituait un bloc très catholique et conservateur. A cette époque, la droite obtient même jusqu’à 70% des suffrages en Bretagne.”

Depuis la fin des années 1990, face à une gauche proche du centre et surtout susceptible de capter les suffrages des catholiques, la droite n’a remporté aucun scrutin national en Bretagne, poursuit le politologue. Déjà, lors des présidentielles de 1974, François Mitterrand arrive devant Valéry Giscard d’Estaing au second tour en Bretagne. Aujourd’hui, la région est clairement à gauche, à l’image des principales agglomérations que sont Rennes, Saint-Brieuc, Lorient ou Brest. Seule Vannes fait encore exception.

Pour gagner, la gauche bretonne s’est révélée adaptée aux contours de l’électorat régional.

“C’est en fait un courant politique bien singulier qui a permis ce mouvement des électeurs bretons vers la gauche, à la frontière de la CFDT et des mouvements autogestionnaires, explique Romain Pasquier. Une gauche décentralisatrice et régionaliste dont l’implantation en Bretagne a été favorisée par le PSU (Parti socialiste unifié) et sa branche chrétienne. C’est cette gauche qui a capté l’électorat traditionnel de l’UDF et qui n’a que marginalement suivi le mouvement vers le RPR, puis le MoDem.

3. La Bretagne: une région autonomiste et refermée sur elle-même?

“L’image du Breton fermé et buté est restée ancrée dans les années 1950-1960. Même si, encore aujourd’hui, plus de 70% de Bretons se disent Bretons avant d’être Français. Cette unité tient probablement au caractère équilibré du tissu urbain, favorisé tant par une tradition démocrate-chrétienne de solidarité que par un réseau associatif parmi les plus denses de France”, analyse Romain Pasquier.

Sans doute faudrait t-il ajouter qu’un fort sentiment identitaire a traversé les décennies malgré les tentatives du pouvoir central pour éradiquer la langue (“il est interdit de cracher et de parler breton”) ou “ringardiser” la culture. Ce qui n'a pas empêché les Bretons, prouvant ainsi leur ouverture au monde, de se montrer à chaque scrutin européen (cf. Maastrich), parmi les électeurs les plus europhiles de France.

L’identité régionale reste forte, concède Romain Pasquier. Mais ses marqueurs - vestimentaires et linguistiques notamment - déclinent. Et puis la Bretagne est devenue une terre d’accueil. Dans le top 4 des régions françaises les plus attractives, avec 50 000 nouveaux arrivants environ par an”.

A la veille du prochain scrutin, Romain Pasquier confie en tout cas n’avoir “aucun doute quant aux résultats du 21 mars”. Deux inconnues notables toutefois: l’importance de la vague verte et celle de l’abstention.

Cyril Charon
(avec Pierre-Henri ALLAIN)

(1) Centre de Recherche sur l’Action Politique en Europe

(Cet article a d'abord été rédigé dans le cadre d'un atelier de l'Institut d'Etudes Politiques (I.E.P.) de Rennes auquel ont participé début février quatorze étudiants en master de journalisme. Il a ensuite été retravaillé et réactualisé pour les besoins de Libérennes. Deux autres sujets seront publiés jeudi et vendredi)

Commentaires

Je ne suis pas breton, mais j'ai lu pas mal de choses sur le vote en Bretagne.
Votre article oublie qu'il existait - et qu'il existe toujours - un bastion de gauche en milieu rural, dans l'ouest des Côtes-d'Armor, avec des extensions sur les marges du Finistère et du Morbihan. Un fascinant bastion de gauche, longtemps communiste. Dans des localités comme St-Nicolas-du-Pélem, Carhaix-Plouguer, Belle-Ile-en-Terre, Bourbriac, Callac, etc...
Toute une zone, le Trégor, rurale, laïque et de gauche radicale. Le PS y a supplanté le PCF aujourd'hui.

Dans votre article, vous oubliez Quimper, ville actuellement Socialiste et Verte. Avez-vous sur le site du "Télégramme.com", la nouvelle et "future" voiture électrique pour la poste de Quimper? C'est ce qui, actuellement, me rend heureuse!

opola
petite précision
St Brieuc n'est pas à gauche....

Exact, St Brieuc est le mouton noir, il est bayrouiste, il faut le faire !

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