Joseph Cabaret: «Un rideau de fumée pour protéger le lobby agroalimentaire»
TERRE ET EAU - Installé à Hillion, Joseph Cabaret a réalisé dans les années 1980 que la manière dont il élevait ses vaches laitières, «sur un modèle très intensif»,
était directement responsable des algues vertes qui envahissaient
périodiquement les plages, à quelques kilomètres en aval. La rencontre
d’autres paysans convertis à l’agriculture durable a achevé de le
convaincre. Forte nature de 52 ans, il balaie les différentes mesures du
plan anti-algues vertes en quelques phrases : «Ce n’est qu’un
rideau de fumée pour protéger le lobby agroalimentaire, les banques,
les coopératives, l’administration. On ne veut pas toucher au grisbi.
Mais je comprends les difficultés des agriculteurs, ils sont
prisonniers d’un système dont ils ne sont pas responsables. Pour
changer, on a besoin d’accompagnement.». Lire la suite...
Label rouge. «On a poussé le modèle intensif aussi loin qu’on pouvait jusqu’au début des années 80, se souvient-il. Puis on a agrandi les surfaces. Maintenant, on élève 14 vaches sur 10 hectares [il en possède une cinquantaine, ndlr] quand on en élevait 24 sur la même surface.» Membre du Centre d’étude pour un développement agricole plus autonome (Cedapa), qui regroupe 400 agriculteurs, Joseph Cabaret a aussi diversifié sa production. Avec un associé, il produit du poulet en label rouge et du cidre fermier. «Vouloir calculer les reliquats d’azote dans le sol n’a pas de sens, estime-t-il, poursuivant sa critique du plan anti-algues vertes. Cela suppose un protocole tellement compliqué que personne n’est capable d’interpréter les données. Chaque parcelle devient un cas particulier. On va chercher des solutions dans une agriculture de précision, mais on ne fait que fractionner le problème alors qu’on ne pourra arriver à quelque chose qu’avec des mesures globales. De même, on va proposer des actions pour protéger des parcelles humides, des zones naturelles, mais si cela n’engage pas la totalité de l’exploitation, si c’est pour augmenter l’intensification ailleurs, ça n’aura aucune efficacité.»
L’agriculteur, qui privilégie l’herbe au maïs et limite au maximum son usage de pesticides et d’engrais minéral selon un cahier des charges précis, est tout aussi sceptique concernant la création d’unités de méthanisation, des «usines à gaz qui ne font qu’encourager le système de production existant», ou les contrôles des «flux d’azote» dans les fermes. «On va fliquer les agriculteurs, provoquer des frustrations, juge-t-il. Mais si les gens n’ont pas l’impression de faire quelque chose de positif, ça ne marchera pas. Il faut redonner du sens à ce métier et, à l’intérieur d’un cadre, de la liberté pour le faire.»
Fertilisation. Joseph Cabaret plaide pour un meilleur équilibre entre productions végétales et animales sur une même exploitation et la diversification des productions. Un discours iconoclaste dans une région où se sont développés les élevages industriels hors sols, qui utilisent peu de cultures pour l’alimentation des animaux et achètent une grande part de leurs aliments. A ceux qui doutent de la viabilité d’une exploitation comme celle de Joseph Cabaret, l’intéressé met en avant l’équilibre à trouver entre productivité et environnement, mais aussi les aides et les mesures d’accompagnement qui existent au niveau national et européen pour y parvenir. Notamment à travers les Mesures agro-environnementales (MAE), qui subventionnent déjà la protection de zones humides ou le recours aux prairies pour limiter la fertilisation des sols. «Mais il faut aller plus loin, insiste-t-il, avec une plus grande redistribution des aides en faveur de l’agriculture durable.»
Pierre-Henri ALLAIN (à Hillion)
(article paru dans Libération du 05/03)


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