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06/03/2010

Jean-Jacques René: "On craint l'impact que ça va avoir sur l'économie des exploitations"

TERRE ET EAU - Ne dites pas à Jean-Jacques René qu’il pratique une agriculture intensive ou productiviste, il préfère le terme de «conventionnelle». Sur sa ferme familiale, près de Plélo, dans les Côtes-d’Armor, où il travaille avec sa femme, Dominique, et un salarié, il exploite un élevage de 200 truies capables de fournir entre 3 600 et 4 000 porcs charcutiers par an. Une taille plutôt honorable dans ce secteur, même si les plus gros élevages comptent de 400 à plus de 500 truies. La problématique «algues vertes» et plus largement celle de la qualité des eaux, cet agriculteur de 54 ans la connaît bien. Son bassin-versant est classé en «contentieux» vis-à-vis de la directive nitrates européenne (pas plus de 50 mg/l) et en «excédent structurel» (saturé d’azote). Sans remettre en cause le modèle dominant, il a compris que les agriculteurs devaient évoluer et faire des propositions. Dans son secteur, au fil des années, ils ont amélioré leurs pratiques d’épandage et créé des bandes d’herbes pour servir de filtre le long des cours d’eau. Lire la suite...

«Transparence». C’est donc tout naturellement que Jean-Jacques René a participé aux réunions préparatoires du plan de lutte contre les algues vertes. «L’analyse des reliquats d’azote dans le sol après les cultures, j’en suis un peu le parrain, confie-t-il. Ici, nous avons un plafond de fertilisation des sols limité à 140 unités d’azote par hectare (1) et on craignait de descendre à 120. Mais ce qui compte ce n’est pas les quantités qu’on met dans le sol, c’est ce qu’il reste après la récolte. Certains sols avec certaines cultures peuvent en absorber plus que d’autres. Il ne faut plus une obligation de moyens mais une obligation de résultats.» Autre proposition des agriculteurs, reprise dans le plan : la «transparence des flux» d’azote dans les exploitations. En clair : que les quantités d’azote minéral utilisées correspondent à celles qui sortent des coopératives.

«Pour beaucoup, ces mesures sont une révolution, souligne-t-il. Mais ce que l’on appréhende le plus, c’est la manière dont elles seront appliquées et l’interprétation qui en sera faite par les administrations, toujours friandes de papier.» L’agriculteur, qui a déjà investi pour accueillir une unité mobile de traitement de ses lisiers excédentaires, se dit prêt à s’engager dans la réalisation d’une unité de méthanisation collective pour les valoriser. «Si on veut pérenniser notre activité, il faut qu’on y aille, dit-il. Mais on ne nous a encore donné qu’un cadre général. Avec quels capitaux va-t-on investir, sous quelle forme de société, qui va s’engager ? Tout reste à écrire.»

Réticences. L’autre jour, Jean-Jacques René est revenu un brin désemparé d’une réunion avec les agriculteurs de son secteur. Sur le terrain, les dispositions du plan, pourtant guère contraignantes, rencontrent une forte résistance. «Les propositions ont beau être les nôtres, ça ne passe pas», lâche-t-il, se désolant d’avoir entendu des propos «révisionnistes» contestant le rôle des nitrates dans la prolifération des algues vertes. Pour sa part, il attribue ces réticences à une conjoncture difficile. «Beaucoup ont déjà le moral dans les chaussettes et craignent de nouvelles réglementations, de nouveaux contrôles.» L’objectif de préserver ou réhabiliter 20% des zones naturelles en baie de Saint-Brieuc soulève aussi des inquiétudes. «On se demande quel impact cela aura sur l’économie de certaines exploitations», relève Jean-Jacques René. Au bout du compte, l’agriculteur s’interroge sur l’avenir d’exploitations moyennes comme la sienne quand les plus gros élevages auront toujours la possibilité d’investir pour traiter leurs lisiers en excédent.

Pierre-Henri ALLAIN (à Plélo)

(1) Une unité correspond à un kilo.

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