Christian Troadec, un pouvoir controversé en centre-Bretagne
Co-fondateur des Vieilles Charues, ancien journaliste (il a créé Poher Hebdo avant de le revendre au Télégramme), chef d’entreprise (la bière Coreff), Christian Troadec a eu plusieurs vies avant de se consacrer à la politique. Mais aujourd’hui, son principal souhait est que la Bretagne “retrouve la place qu’elle mérite” en “s’émancipant” et en devenant plus autonome.
"On veut redonner un nouvel élan, un nouveau soufle à une Bretagne qui prenne ses responsabilités, explique t-il. Nous faisons confiance au peuple breton et nous avons la détermination et la volonté d'aboutir".
Pour l’heure, l’objectif de sa liste, présente sur les cinq départements de la Bretagne historique, est d’atteindre 10% des suffrages. Elu en 2004 au Conseil de la Région sur les listes de l’UDB (Union démocratique bretonne), il se dit déçu par cette formation régionaliste alliée au parti socialiste. “Leur manière de revendiquer était bien molle. Je m’attendais à autre chose”, lâche t-il.
Christian Guyonvarc’h, vice-président UDB du Conseil régional, n’est pas en reste pour épingler son ancien allié, critiquant l’alliance que Troadec a réalisé cette fois avec le Parti Breton. “Refuser de choisir entre la droite et la gauche, voire tenir des discours de gauche tout en menant une politique de droite, c’est nourrir la confusion, estime t-il. Comme le fait Sarkozy. Les Bretons ont besoin de choix clairs. Christian Troadec, qui se dit toujours de gauche, ne peut méconnaître les alliances à droite du Parti Breton.”
Les critiques vont parfois plus loin, comme l’explique Pierre Chapin, journaliste au Télégramme. “Ses adversaires voient en lui un homme plus soucieux de son image que de convictions politiques, relève t-il. Ni de gauche, ni de droite, juste populiste, disent les plus hostiles”. D'autres mettent aussi en cause un exercice du pouvoir plutôt autoritaire.
Christian Troadec, qui se qualifie d’”humaniste”, a pour sa part fait son leitmotiv du mot “écoute”, qualité essentielle, souligne t-il, pour “réaliser des choses au nom du collectif”. Des propos qui font bouillir Daniel Thénadey, l’ex-directeur de l’Espace culturel Glenmor de Carhaix, qui souhaitait transformer l’espace culturel en lieu de diffusion musicale de musiques traditionnelles et s’est fait limoger sans ménagement après sept ans de service.
“Christian Troadec a sans cesse lutté contre mon projet. Avec un seul objectif: faire de l’Espace Glenmor un lieu commercial et un centre de Congrès.” explique celui qui escomptait monter sa propre liste “Nous t’aimerons Bretagne” mais a du renoncer à la dernière minute, faute de moyens financiers suffisants.
Il en faut davantage pour troubler le co-fondateur, en 1992, des Vieilles Charrues. L’événement reste une de ses grandes fiertés: “C’est un grand festival à taille européenne, aime t-il rappeler. Cela a demandé beaucoup d’énergie, mais avec des gens décidés, on arrive à tout”.
Christian Troadec, qui se fait le chantre de l’action en politique, par opposition à ceux qui se contenteraient de discours (“nous, on est dans le faire”) a également participé très activement à la lutte acharnée pour éviter la fermeture des services de maternité et de chirurgie à l’hôpital de Carhaix en 2008. Son rôle dans la gestion de l’hôpital, en tant que président du conseil d’administration, avait pourtant été remis en cause par des médecins comme le docteur Dominique Legrand évoquant sa passivité et son "mépris" pour le corps médical.
Quoiqu’il en soit le mouvement finira par avoir gain de cause devant le tribunal administratif. Ce sera aussi l’occasion pour le bouillonnant maire de Carhaix de rompre avec fracas avec la majorité PS-PC-UDB du Conseil Régional qu’il accuse de “trahison” pour s’être positionné en faveur d’un processus de fusion-coopération avec le CHU de Brest. Sans garanties pour le maintien des services à Carhaix.
Depuis, le torchon brûle entre le PS et l’intéressé et les ponts semblent bien coupés. Venue récemment à Carhaix, Marylise Le Branchu n’a pas été tendre en évoquant une possible place au maire de la ville au second tour. “Quand on a quitté la majorité comme il l'a fait, il n'est pas question de revenir. Et de toute façon, nous n'en voulons pas”. A t-elle lancé. Le leader de “Nous te ferons Bretagne” a aussitôt répliqué en menaçant de se maintenir au second tour, s’il avait un score suffisant (au moins 10%).
On l'aura compris, l’homme ne manque pas de ressources. Il a de la gouaille et même du charisme pour ses plus fervents admirateurs. Mais le revers de cette médaille pourrait bien être une certaine démagogie. Il ne s’interdit rien, n’hésitant pas par exemple à clôturer un entretien téléphonique par un “bisou”.
Elodie CREZE(avec Pierre-Henri ALLAIN)
(Cet article a été rédigé à l'origine dans le cadre d'un atelier de l'Institut d'Etudes Politiques (I.E.P.) de Rennes auquel ont participé début février quatorze étudiants en master de journalisme. Il a ensuite été retravaillé et réactualisé pour les besoins de Libérennes. Trois autres sujets de cet atelier, qui avait pour thème les élections régionales seront publiés dans les prochains jours)


Le 3 juillet 2009, le Centre national des variétés (CNV), parmi les financeurs de l'Espace Glenmor, adresse au maire de Carhaix un courrier, qui sera publié par le Poher Hebdo :
"force est de constater que, durant sept années, de 2001 à 2007, l’Espace Glenmor a fait bon usage de ces équipements financés avec des fonds publics (75% du financement de cette salle de spectacles proviennent de soutiens extérieurs à la commune de Carhaix).
Permettez-moi de vous faire part de mon inquiétude ainsi que de celle des représentants des organisations professionnelles siégeant au CNV, quant au changement de destination prévu pour cette salle et à la modification annoncée de son projet."
Ce n'est donc pas Daniel Thénadey qui a voulu changer le projet (comme pourrait le laisser penser l'article ci-dessus), cette lettre ayant été envoyée au maire de Carhaix suite à l'éviction du directeur artistique.
Rédigé par : Burb | 09/03/2010 à 19:25
Et bien, ça fait plaisir. Enfin un papier relativement objectif sur l'artefact Troadec. En espérant qu'il en appelle d'autre.
Rédigé par : Laëtitia GAUDIN - LE PUIL | 10/03/2010 à 10:29
"chantre de l'action"!
c'est quoi le bilan du sortant christian troadec à la région? Il en parle peu car y a peu à dire. Normal, on peut PAS s'occuper d'une mairie comme Carhaix et avancer à la région en même temps. Le cumul pour la politique autrement, c'est possible parfois, mais pour un maire...faut choisir.
Rédigé par : YS | 11/03/2010 à 11:33
Très bon article ! Je cerne mieux le personnage ! Bonne continuation..
Rédigé par : Etienne Denis | 11/03/2010 à 23:12
Il est temps d'ouvrir les yeux sur ce triste personnage qui a fait tant de mal à tant de gens,et aussi à l'art et la culture( dont la culture bretonne !!).Un assoiffé de pouvoir!
Attention danger.Voir pour vous convaincre le site "combat culturel carhaix" sur google!
Rédigé par : Thenadey Daniel | 12/03/2010 à 18:45