Le socialiste Bernard Poignant hostile aux primaires
TRIBUNE - Le maire PS de Quimper (Finistère) revient sur le choix du parti socialiste d'avoir recours à des primaires qui s'étendraient à toute la gauche pour désigner un candidat aux prochaines présidentielles.
J’ai beau retourner le sujet dans tous les sens, je n’arrive pas à voir le lien entre la technique des primaires pour choisir un candidat à l’élection présidentielle et la rénovation du parti qui la propose. Il y a même du masochisme dans l’air: c’est quand même osé de demander par référendum à des militants de bien vouloir abandonner leur seul vrai pouvoir. Quand un parti veut se rénover, il le fait par la pensée, pas par la primaire. La solution n’est pas la fuite vers l’extérieur quand le problème est à l’intérieur. Quand il s’agit de “primaires ouvertes et populaires”, selon la pétition lancée, le message relève du renoncement: choisissez un candidat, mais vous n’êtes pas obligé de prendre un socialiste! Quand on sait qu’en 2012, l’alternance passe forcément par là, c’est suicidaire. Ce sera obligatoirement un socialiste, dira-t-on : mais alors c’est une forme de pensée hégémonique contraire à la rénovation.
Une chose est sûre, la personne choisie ainsi s’éloignerait du Parti Socialiste. Elle ne lui devrait pas sa désignation. On l’a déjà vu en 2007. La candidate vivait son parti comme un handicap, voire un boulet. On connaît la suite. Pourquoi alors adhérer ? Autant payer sa petite somme tous les 5 ans, ça suffira bien, comme aux Etats-unis. Une primaire à l’américaine peut transformer une virtuelle rénovation en une réelle dissolution du Parti Socialiste. C’est ce qui est arrivé en Italie. La moindre des choses serait de s’inspirer des pays où il y a des partis socialistes et sociaux-démocrates plutôt que dans ceux où ils disparaissent.
En réalité, la proposition signe un terrible aveu de faiblesse. Faiblesse des dirigeants et notamment des “quadra”, incapables de dégager l’un d’entre eux ayant carrure présidentielle. Faiblesse des structures, surtout quand il s’agit d’organiser des scrutins sans cesse contestés. Faiblesse de l’adaptation d’un projet au nouvel état du monde. Car l’essentiel est là. Sauf à défendre la thèse d’une France repliée, enfermée, coupée du reste du monde, comment s’adapter dans la mondialisation avec une politique de gauche? De même Nicolas Sarkozy rendra une France endettée et déficitaire, que proposera la Gauche dans ce contexte? Promettre à tout va, satisfaire toutes les demandes manquera de crédibilité. Mieux vaudrait traiter ces questions à temps.Cela amène à se pencher sur les qualités nécessaires qu’il faut réunir pour devenir un Président de la République française crédible, cohérent, rassembleur, imprégné de l’histoire de France, connaisseur pointu de sa géographie et de ses institutions, reconnu et estimé dans le monde, plein de courtoisie dans les échanges et de sang-froid dans les crises, cultivé sans suffisance, proche des Français sans flatterie à leur égard. Une perle !
Que faire alors ? Quelques principes doivent guider : les socialistes doivent avoir un candidat et ne pas prendre le risque d’en être privés. Il doit être choisi par les socialistes. De plus, les partenaires ont déjà fait savoir qu’ils auraient le leur. Ces socialistes doivent être les plus nombreux possible pour le choisir et en même temps discuter de son projet. S’il s’agit d’une question financière, le Parti Socialiste reçoit suffisamment d’argent public pour abaisser fortement ses cotisations, d’autant que celles-ci sont proportionnelles aux revenus. Finalement la rénovation consiste à améliorer le Parti Socialiste et non à prendre le risque de son évanescence. Car que se passera-t-il pour toutes les autres élections : on continue comme avant ou on fait des primaires ? Dire “j’ai rénové avec ma primaire présidentielle" et continuer ma petite cuisine pour le reste relève de l’hypocrisie. N’oublions pas l’article 4 de la constitution française : “Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage”. Ne tirons pas un trait sur le Parti Socialiste parce qu’il traverse une crise depuis le 21 avril 2002. N’oublions pas non plus le Président sortant. En ce moment, il consolide son parti pour 2012. Il n’est pas difficile de l’imaginer, sourire aux lêvres, assister pendant des mois à l’étalage d’une querelle de compétition car il n’y a pas de primaire de tendresse. Il lui suffira de reprendre certains arguments des candidats non retenus pour mettre une bûche dans le feu de la division. Et si les primaires étaient une forme de cadeau à Sarkozy ? A voir !
Un jour, je l’espère, la Gauche aura, elle aussi, un Président sortant. Faudra-t-il lui imposer des primaires? Précisons alors que celles de 2012 ne valent que pour cette échéance, c’est-à-dire quand nous sommes en phase de conquête. Car il faudra bien changer nos statuts qui fixent la règle de désignation de notre candidat. Et les statuts ne se changent pas au gré des convenances. Je parie donc que, lorsque nous aurons un Président sortant, la rénovation consistera à ne pas en organiser pour ne pas lui infliger cette épreuve.
Bernard Poignant


En réalité, il n'y a qu'un problème à trancher : libéralisme ou antilibéralisme, Bayrou ou Mélanchon. La quarantaine orchestrée tant par Libé que par le PS pour ignorer le programme de Jean-Luc Mélanchon est la preuve que la solution existe mais qu'on n'en veut pas.Liamot
Rédigé par : liamot | 09/09/2009 à 16:50
Merci cher camarade pour cet article! J'avais peur d'être la seule militante du PS inapte à comprendre le lien primaires = solutions à tous nos problèmes!
Et je te rejoins entièrement sur ton analyse sur le fait que le système proposé viderait complètement notre militantisme de son sens. Tout le monde peut désigner le candidat, et à ceux qui auront payé leur cotisation on demandera seulement gentiment d'aller tracter.
Rénovation?...
Rédigé par : Anne | 09/09/2009 à 17:47
Pas de commentaires !Le sujet doit pourtant interesser ,est-ce du à une moderation immodérée!
Je trouve le point de vue bien argumenté et tout à fait pertinent.
Il a le tort de ne pas être ds le sens du poil!
Rédigé par : Fracat | 09/09/2009 à 18:40
On s'achemine tout droit, avec ces primaires, vers un scénario à l'italienne. C'est la désignation d'un candidat de centre-gauche, et les socialistes qui s'auto-désignent "rénovateurs" le savent. Pertes de temps, disparition du militantisme authentique, antinomie à tout esprit fédérateur, non résolution des problèmes de fond politique, Sarkozy doit bien rire.
Rédigé par : Arthur | 10/09/2009 à 09:27
article très intéressant de Bernard ! voilà au moins une voix qui n'a pas peur d'être dissonante et qui propose une autre voie... que la superficialité "primaires" !
j'ai même reproduit ce texte sur mon blog pour le proposer à mes 2000 abonnés car je ne doute pas que les grands médias nationaux ne feront pas une trop grande publicité de cela...
Rédigé par : Yannick Serrano | 10/09/2009 à 10:46
Bernard POIGNANT semble avoir oublié un petit rien au portrait du candidat : ce ne devra pas être une grande belle fille...mais encore un petit mec !?
Pis, Nicolas SARKOZI semblait n'avoir aucune des qualités requises...même s'il l'avait emporté de peu.
Plus drôle de la part d'un homme qui réclamait un président "socialiste", son grand-champion "rassembleur, imprégné de l'histoire de FRANCE, connaisseur pointu de sa géographie et de ses institutions, reconnu et estimé dans le monde, cultivé sans suffisance" était le plus parfait des centre-droit !!!
Bizarrement et quoique je ne fus pas personnellement encarté, abandonnr la dsignation des présidentiables à une instance ad-hoc me semblait, tout au contraire, la chance de pouvoir s'occuper d'autre chose, voire même la chance de pouvoir choisir son président de groupe parlementaire pour pivot humain vraiment de "gauche".
Electeurs et militants de droite comme de gauche ne commençaient-ils pas à se lasser de l'immanquable retournement programmatique du 24° mois de législature ??? N'y avait-il pas urgence à changer, face à l'abstention électorale montante ?
Le champion non-socialiste posait cependant un problème : où allait aller le sou électoral ? Avant de répondre faudrait-il peut-être savoir quel impact pouvait avoit le sous électoral : ne permettait-il pas à des "petits partis de gauche" de survivre financièrement, le souci de leur propre survie remplaçant peu à peu toute espérance d'exercer le "pouvoir"...et n'empêchait-il pas globalement les "gauches d'incrétiser et de passer ??
Enfin, je ne voyais malheureusement pas en quoi nos vertueux professionnels de la représentation populaire avaient eu besoin d'autre chose que de colleurs d'affiche disciplinés, dans un pays où les fonctions représentatives et juridictionnelles étaient totalement professionnalisées !...?
Rédigé par : Hub | 10/09/2009 à 18:33
merci, il y a de nombreux militants - et ceci dans toutes les motions - qui pensent la même chose ! Pour l'instant on entend surtout les "grandes gueules" prêtes à tout, mais les militants de base ont une autre vision de leur Parti et du militantisme.
Rédigé par : magellan | 14/09/2009 à 15:36