Un blessé grave dans l’incendie d’un squat d’artistes
SOCIETE - Des hangars déglingués au milieu des champs, des caravanes usées par le temps, un campement de fortune et tout un bric à brac de ferrailles et de matériaux de récupération... Voilà plusieurs années que les friches industrielles de la zone du Chardonnet, à Rennes, ont été transformées en squats d’artistes, où plusieurs dizaines de comédiens, musiciens et artistes de rue, travaillent, créent et vivent ensemble.
Mais cette expérience originale, où se sont montés en toute liberté
toutes sortes d’ateliers, a bien failli tourner au drame vendredi
lorsque, vers 7h30, un incendie a ravagé un de ces hangars, détruit
tout ce qui s’y trouvait et brûlé sévèrement un homme de soixante ans.
“Le feu est parti très rapidement et a été très violent, raconte un
résident du squat. Il y avait trois personnes qui y dormaient, dans un
petit dortoir réservé aux gens de passage. Elles ont toutes pu sortir
mais l’une a voulu y retourner récupérer un portable et à été gravement
blessée”. Cuisine, salle de bain, ateliers couture, peinture et vidéo,
ont été réduits en un tas de gravats carbonisés et le blessé, brûlé sur
une grande partie du corps, a été transporté à l’hôpital de Nantes,
dans un service spécialisé. Militant de "la cause des habitats mobiles et éphémères", il est mort à la suite de ses blessures.
“On ne sait pas d’où est parti le feu, si c’est une cigarette mal
éteinte ou un problème électrique, c’est malheureusement le genre
d’accident qui arrive”, lâche, fataliste, un squatteur. Un accident qui
ne devrait pas manquer toutefois de remettre au premier plan les
problèmes de sécurité dans ce genre d’endroits. Même avec beaucoup
d’inventivité et de savoir-faire, l’aménagement de ces bâtiments n’a
obéi souvent qu’à une seule loi: la débrouille et le
bricolage. Et, en dehors de toute norme, il ne va pas être facile pour
la ville, propriétaire des lieux depuis 2007, de tolérer encore
longtemps ce type d’occupation.
“Ils nous demandent à être relogés dans un endroit où ils pourraient
poursuivre leurs activités, confie un employé municipal. Mais celà
demande des surfaces très importantes, c’est loin d’être évident”.
A plus ou moins court terme, la ville devra bien pourtant trouver une
solution. Transformé en ZAC (Zone d’aménagement concertée) la plaine de
Baud-Chardonnet où se trouvent ces squats d’artistes, est destinée à
accueillir d’ici quelques année des bureaux et des centaines de
nouveaux logements.
Pierre-Henri ALLAIN


Merci de noter que la personne "grièvement blessée" est décédée...
Il s'agit de Joe Sacco, un militant de la cause des habitat éphémères et mobiles au sein de l'association Halém, qui était sur le site précisément pour prendre des contacts et fédérer le réseau.
Il est mort pour avoir tenté la folie de vouloir récupérer son ordinateur portable pour sauver ses données concernant le réseau.
Son décès provoque une grande vague de stupeur et de tristesse dans le mouvement dont il était un membre éminent particulièrement actif et dévoué.
Pour plus d'infos, visitez notre site et suivez les liens.
Rédigé par : Marcel ETIENNE | 24/03/2008 à 12:10
On en sait un peu plus sur les circonstances de l'incendie et de la mort de Joe: (cf www.elaboratoire.free.fr)
>Les faits tels qu’ils ont été reconstitués à partir de témoignages recoupés :
Joe dormait avec trois autres personnes (Suivan, Armel et Hélène) dans une pièce spécialement
ouverte aux visiteurs de la « Villa mon Bproummpfv » dans cette grande friche occupée enclavée entre
la voie ferrée et la Vilaine qu'est la zone du Chardonnet à la Plaine de Baud (Rennes). Ex
propriété Fraikin, l'édifice est propriété de la Ville de Rennes depuis fin janvier 2008. La veille au soir
Joe travaillait sur son ordinateur portable. A 7h le vendredi 21 mars, Armel entend du bruit, se lève, voit
quelqu'un sortir du bâtiment, entend des crépitements et sent une odeur bizarre sur le palier. Puis, il
découvre un feu avec des flammes jaunes et bleues déjà hautes, qu'il tente d'éteindre avec une
couverture. Les autres amènent un matelas à la rescousse car le feu prend très vite sans qu'ils ne
comprennent pourquoi.
>Qui est cette personne? Pourquoi ce feu était-il si violent?
Le matelas s'avère insuffisant contre des flammes vite débordantes et les quatre personnes renoncent,
trois d'entre eux évacuent les lieux mais Joe, ne retrouvant pas son ordinateur portable, est vu sautant
par la fenêtre peu après. Il est nu et brûlé, mais debout et conscient, il a ses lunettes sur le nez et son
téléphone portable à la main. Tony, un habitant du lieu en train de dégager sa voiture, lui propose
alors avec insistance de l'emmener à l'hôpital, mais, se sentant en danger, Joe refuse, préférant
attendre l'arrivée du SAMU pour être pris en charge plus rapidement. Celui-ci a mis, d'après les
témoins, environ 10minutes à arriver.
Personne n'a pu l'accompagner, sous prétextes que les amis présents n'étaient pas de la famille et,
dans le branle-bas de l’événement, il n’a pas été envisagé d’envoyer quelqu’un voir ce qu’il devenait.
Tout ce que nous savons, c’est qu'il a été transféré de l'hôpital de Rennes (CHRU Pontchaillou) au
service des grands brûlés du CHU de Nantes et qu'il est mort avant 17h. Il semble même qu’il soit
mort avant d’avoir été admis dans le service. Pourtant, à son départ et d'après les pompiers, ses jours
ne semblaient pas en danger, ce que confirment les communiqués de presse du jour.
>Quand, où et de quoi Joe est-il mort? On espère que l'autopsie nous renseignera.
Selon les pompiers, « Les manoeuvres sont délicates. Sur ce site isolé, les bornes à incendie sont en effet
trop éloignées pour les utiliser. Les pompiers doivent dès lors employer une motopompe pour alimenter
leurs lances avec l'eau de la Vilaine.» Une quarantaine de pompiers sont venus, ainsi qu’une vingtaine
de personnes non identifiées.
>Qui étaient ces personnes ?
Les trois rescapés, encore en état de choc, ont été emmenés au commissariat où ils ont fait une
déposition. Armel a déclaré avoir vu une personne s’enfuir au début de l’incendie.
Pendant ce temps, les pompiers sont venus à bout du feu vers onze heures du matin, et les bulldozers
de la mairie, présents depuis le début, ont tout rasé, ce qui a bien entendu effacé toute possibilité de
retrouver des indices ou des biens personnels. L'ordinateur de Joe en particulier n'a pas été retrouvé.
>Qui en a donné l'ordre ? Est-ce légal ? Pourquoi ne pas avoir sécurisé l’endroit
pour l’enquête? Pourquoi ne pas avoir permis aux victimes de récupérer ce qui
était encore récupérable ?
Pourtant, à 12h35, www.rennes-infhonet.fr annonçait: « La police scientifique serait actuellement
sur les lieux pour déterminer les causes de l'incendie.»
Pour l’instant, le procureur n’a décidé qu’une enquête médico-judiciaire. Le corps de notre ami,
associé, complice... devra donc attendre les besoins de l'investigation.
Halém étudie avec son avocate les modalités d’un accès au dossier.
Rédigé par : andré | 28/03/2008 à 12:49