Temple des mélomanes depuis plus de trente ans, Rennes Musique coupe le son
CULTURE - Le samedi 5 avril, le rideau de fer du plus célèbre magasin de disques rennais se refermera définitivement sur trente et un ans d’histoire. Depuis 1977, il aura vu plusieurs générations de musiciens et de passionnés se croiser dans ses rayons à la recherche de la perle rare, du disque improbable, de la nouveauté qui change la couleur du monde ou du pressage introuvable. Dépêchez vous, il en reste encore...Plus pour longtemps. (photos PHA)
Devant les rangées de compacts disques qui se vident petit à petit,
Christophe Brault, un des six employés de Rennes Musique lâche
tristement: “On resserre tous les jours les intercalaires alphabétiques
pour que ça ressemble à quelque chose et on répond quotidiennement aux gens: ah non, ça, on n’a plus et on n’aura plus maintenant...”
Crise du disque, baisse des ventes, frilosité pour ne pas dire incurie
des maisons de disques, auront eu
raison du magasin de la rue du
Maréchal Joffre qui disposait, dans tous les styles, d’un catalogue de
plus d’1 million de références avec en magasin quelque 40 000 titres
différents.
“Il y a eu bien sur le téléchargement sur internet qui a pesé mais aussi la politique des majors qui n’ont pas
su s’adapter à la crise, souligne Patrick Kerhousse, responsable du
magasin depuis 31 ans. La concentration des majors a appauvri les
catalogues qui se sont mis à proposer beaucoup de compilations, de
produits standardisés, sans qu’on retrouve la richesse et le dynamisme
de BMG ou de Virgin quand ils étaient indépendants”.
Si l’on a pu écouter les premiers galettes des Pixies ou de Nirvana à
Rennes alors qu'ils étaient encore de parfaits inconnus, c’est bien
pourtant grâce à la curiosité de l’équipe de Rennes Musique et à
l’audace de certains labels.
“Il y a encore beaucoup de petits labels avec lesquels on a bien
travaillé mais ils souffrent eux aussi, poursuit Patrick Kerhousse qui
a subi une perte de 20% de son chiffre d’affaire sur cinq ans. Et il y
a quantité de références qui ne sont plus disponibles en France. La
manière d’écouter de la musique a aussi changé, l’offre culturelle
s’est diversifiée. Dans les années 70-80, le disque et le livre avaient
une place prépondérante, maintenant il y a la téléphonie, internet et
les budgets consacrés aux disques ne sont plus les mêmes”.
Ah! ces années 70-80... Age d’or du disque où l’on allait écouter
les vinyles et admirer leurs pochettes en cabine avant l’apparition du cd en 1983, époque bénie où
le formatage imposé par les radios n’avait pas envahi les ondes
et où règnait à Rennes un foisonnement musical unique en France. Rennes
Musique se fait alors le relais de ces nouveaux talents
- Daho, Marquis de Sade, Kalashnikov, End of Data - mission qu’il a
toujours tenue par la suite et jusqu’à aujourd’hui, privilégiant les
coups de coeur et les artistes du cru aux grosses locomotives de
l’industrie musicale.
“Je suis très heureux d’avoir vendu les 300 exemplaires de la trilogy de
Bruno Green qui ne voulait pas passer par les circuits de distribution
classiques. C’est parti très vite”, se félicite Emmanuel, au rayon rock
et musiques actuelles.
Le magasin était aussi devenu, à chaque Transmusicales, le rendez-vous
obligé de tout ce que le festival compte comme musiciens, producteurs
et journalistes spécialisés.
“On a vu passer beaucoup de monde et des gens comme Philippe Catherine
sont revenus régulièrement, confirme Patrick Kerhousse. Je
garde aussi d’excellents souvenirs des showcases que l’on a fait au Pharaon, le bar d'en face, avec Téléphone à leurs tout débuts, les italiens
de Litfiba ou Ben Harper”.
Mais le temps où Patrick Kerhousse est venu de son Tréguier
natal, époque où l’on ne trouvait guère de disques en dehors du magasin
d’électro-ménager du coin, est désormais bien loin. Celui de Disc 2000 - ancêtre
de Rennes Musique - et des premiers disques imports à Rennes est aussi
révolu. Et voilà maintenant qu'une autre page se tourne et qu’on ne
verra plus, au rayon jazz et blues, la silhouette de Joël Toussaint,
une cigarette roulée aux lêvres, en train de compulser ses
catalogues. Voilà qu’on ne pourra
plus musarder devant des rangées de
disques en passant de l’électro au rock, des musiques du monde à la
chanson française, avant de se laisser accrocher par une image, un nom, susceptible de vous ouvrir les portes d'univers dont on ne soupçonnait pas l'existence une minute auparavant.
"La musique n'aura plus le rôle fédérateur qu'elle a pu avoir jusqu'à présent en rassemblant des gens autour d'un groupe, d'une musique dont on parle et sur laquelle on échange des impressions, estime Christophe Brault. Désormais, chacun aura sa séléction personnelle dans son MP3 ou son iPod et voilà".
Après la fermeture de
la Sonothèque à Brest en 2007 et, dans quelques jours, de Rennes Musique, c'est en tout cas toute une manière de diffuser et de découvrir de nouvelles musiques qui est en voie de disparition.
Pierre-Henri ALLAIN


Sans vouloir faire dans la nostalgie, c'est quant même dur de voir la passion s'éteindre. Peut-être à cause d'une industrialisation qui à écrasée son propre métier en voulant plus, toujours plus...
Le téléchargement est une réponse des gens qui n'ont pas le pouvoir d'achat. La "compagnie major", tel un rouleau compresseur, ce voit écrasée par sa propre démarche trop gourmande, incapable de prendre le virage du web au moment ou elle était en sursis. Comme un ogre boulimique, ils se sont mangé leur propre membres sans s'en rendre compte... Et qui en font les frais, les passionnés comme Rennes Musique et les abeilles qui aimaient butiner autour de cette ruche indépendante...
Ainsi va la vie, ainsi va l'évolution...
En attente que la roue tourne, comme il en fut éternellement le cas dans l'histoire de l'humanité.
Rédigé par : Fraido | 20/03/2008 à 12:18
Rennes Musique : le seul magasin où, adolescent mal dégrossi, on pouvait demander un renseignement sans se taper le petit sourire mesquin, genre "p'tit con, tu l'as pas encore celui-là" ou "y en a encore pour écouter ça".
Ici, on pouvait dire une énormité sans ressortir rouge de honte, avec le goudron et les plumes...
A Rennes Musique, on pouvait rentrer avec une idée de disque, une envie précise et repartir avec le disque d'un groupe de hardcore japonais dont on n'avait jamais entendu parler. Tu ne trouvais pas toujours ce que tu voulais. Non, c'était mieux : tu trouvais souvent des trucs auxquels t'aurais jamais pu penser...
Putain, mais on va faire comment, maintenant ? Compter sur la Fnac ? Fouiller dans les bacs de découverte de Virgin ?
Misère...
Rédigé par : Piedo | 21/03/2008 à 09:02
Comble de l'ironie, on lit ça le jour où est annoncé que la direction de la FNAC change et qu'arrive à sa tête l'ancien patron de Conforama.
Saisissant raccourci.
Rédigé par : Jérôme | 25/03/2008 à 10:38
Tu vas bien, Patrick?
Enfin j'ai le courage de te contacter sur internet.
toujours ta vieille Lisa
Rédigé par : lisa Paul /Haslacher | 21/12/2010 à 10:29
Je ne sais pas comment faire pour contacter Patrick Kerhousse.
Rédigé par : lisa Paul /Haslacher | 21/12/2010 à 10:31