Les phares de Bretagne menacés d’extinction
PATRIMOINE - Dans sa dernière livraison, la revue Le Chasse-Marée, basée à Douarnenez, tire le signal d’alarme sur la dégradation des phares bretons depuis que leur automatisation les a privés de gardiens pour les entretenir. Humidité, pillages, abandon: c’est une lente descente aux enfers que décrit Marc Pointud, l’auteur de l'enquête.
(La Jument, photo Le Chasse-Marée)
Qui a jamais pénétré dans la tour d’Ar Men, au large de l’île de Sein,
ou dans le phare de la Vieille, devant la Pointe du Raz, quand ils étaient encore habités, sait avec
quels soins maniaques ceux qui en avaient la garde ont ciré leurs
parquets, briqué leurs cuivres, repeint leurs parois. Véritables joyaux
immobiliers parfois, la survie même de ces tours de guet livrées aux
fureurs de l’océan est, à terme, aujourd’hui
menacée.
“Le phare de Tévennec, dans le raz de Sein, est dans un état de
dévastation critique, se désole dans la revue d’ethnologie maritime
Marc Pointud, également président de la Société nationale pour le
patrimoine des phares et balises. Charpente et planchers pourrissent et
la terrasse extérieure est en voie de délabrement. En baie de Quiberon,
l’intérieur du phare de la Teignouse a été vidé et l’on y marche sur
des gravats”.
Etayé par des photographies montrant l’intérieur des phares dégradés,
des escaliers suintant, une cuisine
dévastée, l'enquête du président de la SNPB passe en revue plusieurs de ces
monuments qu’il a approché et sur lesquels il a pu constater
directement les dégâts. Qu’il s’agisse d’Ar Men, “ravagé par
l’humidité” ou de la Vieille dont “le superbe plafond en boiseries en
ogive de la salle de veille s’effondre”. L’auteur relève aussi que
beaucoup de ces monuments, témoins d’aventures humaines hors du commun,
ont été “dépouillés de leur contenu”.
“Ont ainsi disparu des appareillages anciens, des boiseries, du
mobilier, de la vaisselle, des photographies encadrées, des boules de
rampe d’escalier et tant d’autres objets qu’une gestion attentive et
soucieuse eut pu sauvegarder”, énumère Marc Pointud. Et de s’interroger
au sujet de Kéréon, au large d’Ouessant, automatisé en 2004, et “le
plus luxueux de tous”: “Parquet en marqueterie, boiseries en chêne de
Hongrie... Que restera t-il de tout celà?”.
Le reportage met en cause une politique qui, en raison de “budgets
restreints”, consiste à utiliser et à entretenir a minima les phares
tant qu’ils résistent, avant de les remplacer par une simple bouée
quand ils s’effondreront.
“Jusqu’aux années 1970-1980, les phares en mer étaient au coeur du
dispositif de signalisation maritime, rappelle le Chasse-Marée. Avec la
venue du positionnement par satellites, les centres d’intérêt technique
ont changé, provoquant une pénurie budgétaire pour l’entretien de ce
patrimoine”.
Marc Pointud ne se contente pas toutefois d’alerter l’opinion. Il donne
aussi quelques pistes pour récolter des fonds. Comme l’ouverture des
phares, partout où celà est posssible, a des visites payantes. Ou
l’appel au mécènat. Avec un préalable indispensable selon lui,
dissocier la signalisation maritime de la gestion patrimoniale des phares et balises. En ne les laissant pas à la seule
charge de l’administration concernée, celà faciliterait sans doute la sauvegarde de ces “vaisseaux immobiles”, avant qu'ils ne sombrent corps et biens. (photo phare de Tevennec, SNPB)
Pierre-Henri ALLAIN


une belle et triste histoire. Comme un intersigne qui serait là devant nous avant que l'agonisant ne devienne cadavre. Comme un résumé symptomatique de toute la dérive d'une société qui perd peu à peu l'essentiel. En laissant se désagréger cet inutile indispensable, comme la montée de l'océan qui érode les côtes, la prévarication et la rentabilité vont venir à bout de ces monuments de sel et de sang. Il nous restera le sel de nos larmes pour ceux qui les auront connus debouts en évoquant leur souvenir. Il nous restera un peu de sang qui coulera de la morsure qu'aura laissé le chagrin en égratignant notre coeur. Le progrès technique aura du mal à aider la cicatrisation. Le coeur de nos côtes à lui presque déjà cessé de battre. Quelques uns seront peut-être muséifiés, s'il reste un peu de temps, comme les palais de Venise. On ne peut peut-être pas changer le cours des rivières mais on ne peut pas nous empècher d'être encore regretteurs d'hier... et angoissés de demain.
Rédigé par : Despedus Dec'h | 13/03/2008 à 17:55
Tristesse ... tristesse ...
Amiral John USHANT
http://ushant.unblog.fr
Voir le phare de la vielle ... Beg Ar Raz 2008 ...
Rédigé par : Amiral John USHANT | 13/03/2008 à 19:00
Réagissons pour la protection de ce patrimoine
Ne nous réveillons pas trop tard comme pour les vieux voiliers
Rédigé par : Jacques | 23/03/2008 à 20:36
Bonjour,
Breton expatrié dans le sud de la France, j'entrevoie une bien proche et triste fin des phares en mer d'Iroise. Quels souvenirs et quel patrimoine allons nous laisser à nos enfants ?
Ces lumières des mers qui ont sauvé tant et tant de vies n'intéresseraient-elles plus personne ?
Dans un but de mémoire, j'ai décidé de modéliser en 3D ces ouvrages mythiques afin d'en garder un souvenir.
Une petite vidéo des premiers réalisés que je vous invite à la découvrir ici :
http://www.dailymotion.com/video/x48xls_les-phares-de-bretagne-dans-flight_videogames
ou là
http://www.brest.maville.com/vivre/actubrest_forum.php?idDoc=558330
Alain ROBERT
Rédigé par : Alro | 23/03/2008 à 22:17
Bonsoir.
Je suis d'accord avec vous. C'est vraiment lamentable de laisser partir à l'abandon ces phares que nos ancêtres ont construits à la force de leurs bras et dans des conditions que nous n'accepterions pas aujourd'hui. Ne serait-ce qu'en hommage à ces hommes courageux, on devrait faire le maximum pour protéger ce patrimoine. Mon père était originaire de Plogoff et je connais bien ces admirables phares.Je déplore tout ce gâchis. Au moins,tant qu'il y avait des gardiens de phares, ces joyaux étaient entretenus. Mais maintenant, quand j'ai vu à la télé le reportage sur Thévénnec, ça m'a rendu malade de honte. Au lieu de dépenser de l'argent dans des constructions hideuses et modernes, on devrait protèger le travail de nos ancêtres. Amicalement et bisous finistériens. Kénavo.
Rédigé par : Armelle | 10/05/2009 à 02:11
Il est bon de rappeler que ces édifices étaient construits pour durer 100 ans. Certains sont toujours debout après + de 120 ans. Ce n'est finalement pas si mal. Bien sur il est bon de les garder en état. Mais pas en faisant n'importe quoi comme par exemple des pseudo résidences d'artistes qui cachent plutot un lieu de week end ou de vacances pour certains privilégiés de ces associations qui ne se montent que pour profiter de la popularité dont jouissent les phares. Certains y parviennent mieux que d'autres par le biais d'appuis politiques et c'est souvent ceux-là qui en font le moins.
Quand au soin maniaque dont faisaient preuve les "gardiens" la plupart d'entre eux était plus motivé par l'accumulation d'heures supplémentaires que par la seule préservation du patrimoine. Il en résulte dans certains phares plus de couches de peinture que de pelure sur un oignon. Ce qui provoque aujourd'hui ce surplus d'humidité, l'édifice ne "respirant" plus l'eau reste dans la pierre.
Malgré les réductions d'éffectif qu'impose l'état à tout ses services, Il y a toujours des hommes pour entretenir ces phares. ils risquent leur vie pour y accéder, trop souvent pour du vandalisme. l'exemple de tevennec est significatif. Il y a quelques années, une clé de ce feu circulait sur douarnenez ou des personnes s'étaient vus proposer des nuits sur site moyennant finances. Curieusement depuis le remplacement de cette serrure, le phare est régulierement vandalisé.
Les personnels sont attristés d'etre la cible de critiques, surtout lorsqu'elles sont peu constructives. mais fort heureusement, cela n'entame pas leur motivation à continuer à maintenir debout ces phares et ce avec le peu de moyens dont ils disposent. Ne vous trompez pas de cible
Rédigé par : Teuz ar pouliet | 20/05/2009 à 12:01